Florence Noël

Bourniqueland

In Romans on mai 16, 2010 at 8:41

Le lac de Camille Bourniquel

Au tout début du roman « Le lac », oeuvre largement méconnue aujourd’hui, non seulement parce qu’elle date de 1964 (à l’heure où ne sont plus disponibles que les romances à deux sous!), mais sans doute en raison de la brillante écriture, lente, quasi proustienne de Camille Bourniquel, au mieux de sa forme, le romancier décrit – et c’est sans doute, sur les ravages du temps, l’une des plus belles pages de la prose française – comment l’humidité sur les tapisseries d’une villa Belle Epoque ronge peu à peu les murs et se répand comme une vilaine moisissure.


Tout le « Lac » est volonté de sauver le temps d’avant. Le sauver de l’altération, de la dépossession des souvenirs. Il faut qu’une mémoire veille, enregistre, restitue.
Le Temps, le mot-miracle si l’on veut entrer en « bourniqueland » : cellui qu’un archéologue déterre dans « Sélinonte ou la chambre impériale ». Celui du jeu dans « L’empire Sarkis ». Celui de l’art et de l’histoire dans « Le Jugement dernier » quand il s’agit de nouer une prose entre l’occupation française et l’univers du Titien. Le Temps d’avant? Certes. Celui, par exemple, reconstitué de l’année 1910, des grandes inondations, comme le relate « Le manège d’hiver ».
Et puis ce temps amoureusement conservé de la mémoire de son époque dans l’un des derniers livres de l’écrivain nonagénaire (il est né le 7 mars 1918, à Paris) : « Karma », qui, à l’instar du « Soleil sur la rade », pour le temps de la jeunesse et de l’initiation musicale, ramène au jour tous les instants passés en peinture, avec l’art des uns et des autres (Le Moal, Pignon, Bazaine, Bertholle, Manessier) mais surtout Elvire Jan, à laquelle il consacra, fin des années 80, un essai, et qui l’accompagna toute une vie.
Bourniquel : une oeuvre à (re)lire pour la magie d’un style, pour la singularité d’un univers romanesque, que j’avais découverte au travers des titres précités, mais aussi grâce à l’un de ses premiers romans « Le blé sauvage », grâce à « Tempo » (Gd Prix du roman de l’Académie française, 1977), puis à « Le dieu crétois », une petite nouvelle parue chez Balland…
Aujourd’hui, le romancier a déposé sa plume et a repris les pinceaux pour poursuivre une oeuvre graphique plus méconnue encore; dans l’une des tours parisiennes de la Défense, vit un des derniers grands prosateurs français. Il faut aller loin pour trouver une écriture de ce style-là.


REDECOUVREZ BOURNIQUEL


Philippe Leuckx, 11 mai 2010

Pour aller (un petit peu) plus loin  :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Camille_Bourniquel

http://www.lexpress.fr/culture/livre/queen-alicia_809019.html


Bibliographie de Camille Bourniquel

  • Le Moal, Manessier, Singier, Galerie Drouin, Paris, 1946.
  • Retour à Cirgue, roman, Le Seuil, Paris, 1953 (Prix du Renouveau).
  • Le Blé sauvage, roman, Le Seuil, Paris, 1955.
  • Irlande, collection « Petite Planète », Le Seuil, Paris, 1955.
  • Les Créateurs et le sacré, Textes et témoignages de Delacroix à nos jours avec Jean Guichard-Meili, Editions du Cerf, Paris, 1956.
  • Chopin, collection « Solfèges », Le Seuil, Paris, 1957.
  • Les Abois, roman, Le Seuil, Paris, 1957.
  • L’Eté des solitudes, roman, Le Seuil, Paris, 1960.
  • Le Lac, roman, Le Seuil, Paris, 1964 (Plume d’Or du Figaro littéraire). Editions de Fallois, Paris, 2000.
  • La Maison verte, nouvelles, Le Seuil, Paris, 1966.
  • Les Gardiens, théâtre, Le Seuil, Paris, 1969.
  • Sélinonte ou la chambre impériale, Le Seuil, Paris, 1970 (Prix Médicis).
  • Sentier d’Hermès, poèmes, 21 dessins d’Alfred Manessier, Galanis, Paris, 1971.
  • L’Enfant dans la cité des ombres, Grasset, Paris, 1973.
  • La Constellation des lévriers, roman, Le Seuil, Paris, 1975.
  • Rencontre, collection Idée Fixe, Julliard, Paris, 1976.
  • Tempo, roman, Paris, Julliard, 1977 (Grand prix du roman de l’Académie française).
  • L’Enfant dans la cité des ombres, 7 lithographies de Manessier, Le Livre contemporain & les Bibliophiles Franco-Suisses, Paris, 1978.
  • Le Soleil sur la rade, roman, Julliard, Paris, 1979.
  • L’Empire Sarkis, roman, Julliard, Paris, 1981 (Prix Chateaubriand).
  • Le Jugement dernier, roman, Julliard, Paris, 1983.
  • Elvire Jan, Editions Guitardes, Paris, 1984.
  • Le Manège d’hiver, roman, Julliard, Paris, 1986.
  • Le Jardin des délices, Paris, Mercure de France, 1987.
  • La Féerie et le royaume, lithographies originales de Marc Chagall, Mourlot, Paris.
  • Karma, récit, Editions de Fallois, Paris,1999.
  • Queen Alicia, roman, Editions de Fallois, Paris, 2004 .
  • Poèmes, Editions de Fallois, Paris, 2004.
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