Florence Noël

Lou Sarabadzic, Portait du bon goût en individu ma foi plutôt aimable

In Uncategorized on mai 5, 2020 at 2:56

Lou Sarabadzic, Portait du bon goût en individu ma foi plutôt aimable, ed. le Chat Polaire, 2019

Il y a à l’origine de ce recueil, à n’en point douter, une idée de génie, une fulgurance, une vision peut-être… Lou Sarabadzic (quel nom d’autrice qui claque et chante !) a dû, me dis-je, voir apparaître un personnage à la mise bien faite et aux paroles ainsi qu’aux postures parfaitement ajustées : l’incarnation même du « bon goût ». Elle s’est avancée à sa rencontre, ils ont devisé quelque peu, Lou a été subjuguée par ce charme, « désuet », et cette modernité « intemporelle » et tout au constat de l’écart qui la séparait tant soit peu de ce modèle, elle s’est mise en tête de tirer le portrait de cet « individu ma fois plutôt aimable ».

Et c’est un régal. Un bijou de bout en bout. Rien ne dépasse, rien ne dépare qui pourrait trahir son sujet. Grâce aux extraordinaires illustrations de Max de Radiguès, le contenu de petits versets d’un élégant poids de trois à six vers prend régulièrement forme sous les traits d’un dandy en costume trois pièces caricaturé avec une pondération de « bon ton ».

C’est un recueil d’humour fin, parfaitement admis dans les critères de ce « bon goût » chez qui il est bien certain qu’elle provoquera un rire partagé car

« Le bon goût
Se réjouit régulièrement
A plusieurs

Pourrait se targuer
(ne se targue jamais)
D’un parfait volume de rire »

Le sourire flotte sur nos lèvres tandis qu’à chaque page, on se voit ou l’on voit un voisin, un collègue, un parent. Car le bon goût, s’il est discrètement répandu parmi les humains, marque néanmoins les esprits. C’est un caractère tempéré, irréprochable et dont l’éducation n’est pas que d’apparence. En effet, « Le Bon goût/ Défend avec passion / Le droit au mauvais goût ».

Pourtant, et c’est là que l’on soupçonne Lou Sarabazic de nous parler un peu d’elle-même avec autodérision, le Bon goût est un esthète. Qui a ses pudeurs ainsi « Le bon goût / doit bien faire la poussière / Mais ne le dit jamais ».

Le bon goût est aussi un philosophe. Lequel en ces temps d’isolement volontairement contraint (utiliserait-il, ce bon goût, le laid mot de confinement ?) aurait beaucoup à nous suggérer, car « Le bon goût/ N’embrasse pas la solitude / De son plein gré // Mais sait la vivre / Avec grâce ».

Oui en ces temps où l’ère néolibérale de l’« Avant » se déconstruit pour des « Après » qu’on voudrait chanter, le bon goût, lui « Ne construit pas une utopie // Accepte avec résilience / Les limites de l’humain ».

Le Bon goût, on l’aura compris, ne fait pas de vague, mais son portrait, lui, nous secoue quelque fois d’un rire franc tant Lou Sarabadzic nous le dépeint avec pertinence et art de l’ellipse :

« Le bon goût
Sourit

Lui »

Voilà un recueil aussi intemporel que son sujet, inépuisable, réjouissant, et parfaitement inutile, comme toute les bonnes choses de la vie. J’avoue, il m’a même réconcilié avec une ou l’autre facette de moi-même :

« Le bon goût
Même de nuit
Ne porte pas conseil

Philosophe
Respecte trop la liberté
Pour en priver autrui »

En ces temps outranciers, de politique sagouines et de de traitement souvent grossier des faits, il est bon, je pense, d’ancrer son self contrôle dans de tels manuels de bienséances agrémenté d’un pincée de sel.

Le monde, ma foi, ne devrait pas s’en porter moins bien.

Florence Noël

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